mercredi 23 septembre 2015




… du jardin des oliviers

«Du jardin des oliviers», c’est de cela que rêvent les boîtitus*mes bois tombés des échafaudages et de charpentes qui ne le sont plus. 

Voici leur histoire.

Il était une fois des petits tasseaux, et aussi des cales, des taquets, des planches et planchettes, et aussi des chevrons, des bastaings et des madriers. Jadis enracinés dans les forêts tous avaient élu domicile dans la nature, mais il arriva qu’un jour ils furent contraints à l’exil vers la manufacture.

Un nouveau départ, pour entreprendre alors une nouvelle existence qui cette fois fut bien différente. Ainsi les boîtitus furent amenés à participer à des aventures grandioses et à s’organiser pour créer
des réalités plus vastes s’incarnant souvent dans des bâtisses, des ponts, des baraques, des maisons, des plateformes, des passerelles, mais aussi des croix, des clôtures, des potences, des chars, des catapultes.

Déchus, ils furent aperçus plus tard soit délaissés dans les bas-fonds des décombres, soit jetés à même le sol longeant les caniveaux ruisselants, et souvent ballottés de part et d’autre pour terminer rejoignant terre et ciel en cendres et en fumé, ou au mieux dans les empilements oublieux des décharges publiques. 

Aujourd’hui, sur les couches endormies des copeaux débités par l’équarrissage des bois dans les scieries, mes petits tasseaux, mes cales, mes taquets, mes planches et planchettes, mes chevrons, mes bastaings et mes madriers se retrouvent parfois pour se remémorer ensemble le parcours des boîtitus, mais surtout pour ne pas oublier que jadis dans les forêts ils rêvaient déjà du paradis.


* Boîtitus : mot révélé aux réminiscences syncrétiques d’enfance (boîtiti), de dada et au sonorité savante /
  I - N. m. générique pour designer « tout ce qui vient de la forêt » /
  II - N. m. ancienne langue «des bois» :) (parler le boîtitus) :)  ///

mardi 19 octobre 2010

www.liliamoglia.com/ est en construction



  Le site www.liliamoglia.com/ 
  est en construction 
  et sera bientôt en ligne


    Les mailles de l'Histoire / détail

     tricot in progress / actuelment :: ~ 700cm x 100cm 
     corde en chanvre + pelote + pioches + chute de coton blanc

mercredi 6 mai 2009

Miscellaneous

Miscellãneus


Du jardin des oliviers

Installation au 60 ADADA / détail

Installation au 60 ADADA / détail

En attendant une présentation développée dans le site en construction www.liliamoglia.com/ voici ce qui a été écrit à propos de mon travail par Luisa Futoransky.

Lilia Moglia en son jardin d’impossible acclimatation

Pour Lilia Moglia, il est très inconfortable d’«expliquer» son travail. Par ailleurs, je ne connais pratiquement aucun véritable artiste qui ne considère pas que l’œuvre se suffise à elle-même. L’œuvre de Lilia Moglia s’expérimente. Et surtout dans les interlignes, les creux et les non-dits. Bien que les habitudes contemporaines, pour les œuvres conceptuelles, réclament de fournir le «mode d’emploi», des instructions, un prospectus, l’itinéraire, la clef de compréhension - ces éléments constituant en partie les œuvres -, dans le cas qui nous intéresse, ils seraient non seulement superflus, mais encore le dévoilement apporterait une touche de désenchantement. Le travail de Lilia Moglia n’est pas moins conceptuel pour autant. Cependant l’artiste signale avec beaucoup de détermination que sa visée est surtout relationnelle, en précisant qu’il s’agit d’une «empathie» avec la matière. J’ose suggérer que, dans le cas du bois, elle arrive à se mettre à la place d’un «tasseau», elle le comprend, elle lui fait communiquer l’émotion essentielle de sa provenance, de ses souvenirs, de son devenir. Nous pouvons dire que l’œuvre plastique de Lilia Moglia, est construite avec la minutie passionnée d’un anthropologue.

En revanche, le concept est circulaire : réflexivité entre les matières et les idées graphiques et scénographiques qui viennent de l’intérieur, de l’axe, du noyau de la matière, et dans le cas du bois, nous pouvons dire de ‘’l’inconscient’’. Le bois rêve, ‘’les arbres parlent arbre’’. Juguemos en el bosque(jouons dans la forêt..), dit une vieille comptine argentine, pendant que les loups guettent, avec leur grandes gueules menaçant toujours les recoins les plus archaïques du langage, ce qui veut dire la mémoire primordiale des songes.

Elle sait trop bien que pour exister le présent s’enracine dans les soubassements et dans les archétypes d’avant-hier. Hypothèse démontrée : ses explorations concluent à des résultats heureux de formes urbaines érigées pas à pas, faites de réminiscences, de segments, et de strates douloureuses du passé. L’univers créationnel de Lilia Moglia est profond et méditatif. Elle sait que le noir annonce, mais aussi qu’il occulte et triche, et que le blanc, même s’il peut éblouir, met en évidence.

Pacifiantes, chacune de ses œuvres, chacune de ses installations, est de facture laborieuse, au-delà de l’excellence. Il en résulte un itinéraire de prodige, d’étonnement, de charme, de grâce, de style et d’élégance innée, et surtout de poésie. Sans oublier le «duende», ce qu’il y a de plus secret, ce dont seul celui qui a appris à travailler avec le feu peut en parler. Ainsi ce chemin qui se déroule du complexe au simple se prolonge en une transcendance naturelle.

Lilia Moglia ne parle pas à la place des autres. Elle n’est pas les autres. Elle est. Et comme tout ce qu’elle approche, aspire à la perfection, à une exception près : son jardin d’impossible acclimatation.

Novembre 2004, Luisa Futoransky,
poète, écrivain argentin
Traduction provisoire de l’espagnol (argentin)