«Du jardin des oliviers», c’est de cela que rêvent les boîtitus*, mes bois tombés des échafaudages et de charpentes qui ne le sont plus.
Voici leur histoire.
Il était une fois des petits tasseaux, et aussi des cales, des taquets, des planches et planchettes, et aussi des chevrons, des bastaings et des madriers. Jadis enracinés dans les forêts tous avaient élu domicile dans la nature, mais il arriva qu’un jour ils furent contraints à l’exil vers la manufacture.
Un nouveau départ, pour entreprendre alors une nouvelle existence qui cette fois fut bien différente. Ainsi les boîtitus furent amenés à participer à des aventures grandioses et à s’organiser pour créer
des réalités plus vastes s’incarnant souvent dans des bâtisses, des ponts, des baraques, des maisons, des plateformes, des passerelles, mais aussi des croix, des clôtures, des potences, des chars, des catapultes.
Déchus, ils furent aperçus plus tard soit délaissés dans les bas-fonds des décombres, soit jetés à même le sol longeant les caniveaux ruisselants, et souvent ballottés de part et d’autre pour terminer rejoignant terre et ciel en cendres et en fumé, ou au mieux dans les empilements oublieux des décharges publiques.
Aujourd’hui, sur les couches endormies des copeaux débités par l’équarrissage des bois dans les scieries, mes petits tasseaux, mes cales, mes taquets, mes planches et planchettes, mes chevrons, mes bastaings et mes madriers se retrouvent parfois pour se remémorer ensemble le parcours des boîtitus, mais surtout pour ne pas oublier que jadis dans les forêts ils rêvaient déjà du paradis.
* Boîtitus : mot révélé aux réminiscences syncrétiques d’enfance (boîtiti), de dada et au sonorité savante /
I - N. m. générique pour designer « tout ce qui vient de la forêt » /
II - N. m. ancienne langue «des bois» :) (parler le boîtitus) :) ///


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